Insoumise Tome 1. Chapitre 10

Chapitre 10.
 
Une douleur violente réveilla Constance. Elle avait l'impression que ses entrailles se contractaient violemment et qu'on lui ouvrait le ventre à grands coups de couteau.
Elle ne put retenir un vomissement qui souilla les draps pour de bon. Elle poussa d'ailleurs ceux-ci avant qu'elle ne vomisse de nouveau. C'est alors qu'elle vit cette énorme tache de sang provenant de son bassin.
 
Elle poussa un hurlement si déchirant qu'elle réveilla tout le château.
 
« Cons... Ô par Dieu... ABIGAËLLE !! Appelez un médecin ! QUELQU'UN, VITE !!! »
 
La vieille femme entra et ressortit aussitôt de la chambre. Ce fut ensuite au tour d'Eric de rentrer, suivi de Damien qui devait se trouver avec le jeune chevalier à jouer au poker comme tous les soirs.
 
« CONSTANCE !!!! »
 
Eric se précipita vers la jeune femme qui, pâle comme un fantôme, poussait comme si l'enfant arrivait. Elle pleurait et hurlait à chaque contraction, le sang s'écoulant le long de ses cuisses et imbibant les draps blancs et verts.
 
« Mon bébé... Mon bébé... Sauvez mon bébé... »
 
Les larmes roulaient sur ses joues et se mélangeaient à la sueur qui coulait de son front. C'est alors qu'Oliver arriva, suivi de Justine qui avait été réveillée elle aussi. Son père essaya de la retenir mais elle accourut au chevet de son amie, poussant Eric au passage.
 
« Constance, je suis là... Oliver ! Pitié, fais quelque chose !! »
 
Oliver s'avança, examinant la situation en essayant de garder son calme.
 
« Si on ne fait rien, on va perdre la mère également...
- MON BÉBÉ ! SAUVE MON BÉBÉ !! »
 
Constance pleurait et hurlait, retenue par ses deux amies.
 
« Il n'y a plus rien à faire, Constance... Ton bébé est... mort. »
 
Les mots étaient difficiles à dire pour tous. Et le cri de désespoir de la mère tira même les larmes aux yeux de Damien. Et soudain, la dernière personne que tous auraient voulu voir en ce soir de décembre, arriva.
 
« Robert, reste là !
- Constance ! Où est Constance ?! Et pourquoi tout ce monde se trouve ici... ?! Damien, que ce passe-t-il ?!! »
 
Les deux frères savaient tous deux que Robert était au courant de ce qui se passait. Celui-ci se voilait simplement la face. Mais l'énième cri de sa femme le fit rentrer de force dans la chambre, éclairée par la lune seulement.
 
Elle était couchée là, dans des draps imbibés de sang, son front plein de sueur et ses joues inondées de larmes. Elle pleurait et hurlait. Justine était couchée à ses côtés, sa robe de chambre pleine de sang elle aussi. Elle caressait son front et murmurait à son oreille, en retenant ses larmes.
De l'autre côté se trouvait Juliette, qui tenait fermement la main de Constance et qui pleurait devant la souffrance de son amie.
 
« Mon bébé.... Mon bébé !! »
 
Oliver s'activait : il épongeait le sang et préparait une bouillie d'herbes dont Robert reconnaissait l'odeur. Elle avait hanté ses rêves pendant quatre années... Jusqu'à ce que l'alcool le sauve de ses insomnies.
 
« Constance...
- Robert, n'approche pas !
- C'est ma femme !! Et l'enfant ?! Comment va mon enfant ?! »
 
L'univers de Robert bascula et il commença à se débattre tandis que Damien, avec l'aide d'Eric, repoussa le Roi dans le couloir de pierres. Les hurlements de sa femme bercèrent la nuit du château. Un silence morbide tomba pourtant à l'aube. Un silence que tous auraient préféré ne pas connaître. Oliver fut le premier à sortir, suivi de Juliette et de Justine, toutes deux couvertes de sang.
 
« ... Comment vont-ils ?! »
 
La question paraissait si idiote aux oreilles de tous. Pourtant, Robert se devait de la poser.
 
« ... Constance... Constance est terriblement faible ; elle a perdu énormément de sang. Elle est à bout de forces et se repose. Je lui ai donné une tisane.
- Je me fiche de tes tisanes, prêtre ! Comment vont ma femme et mon enfant ?! »
 
Devant l'air borné du Roi, Oliver fut piqué au vif, et tous savaient que le Nordien n'allait plus mâcher ses mots.
 
« L'enfant n'a pas survécu, votre Majesté. Il est mort et n'était pas encore un vrai bébé, donc je ne saurais vous dire s'il s'agissait d'une fille ou d'un garçon.
Votre femme, elle, va peut-être le rejoindre. Cette journée s'annonce décisive. En fait... Nous ne serons sûrs de son état que si elle se réveille. »
 
Et à ces mots le prêtre disparut dans les couloirs, suivi de beaucoup de bonnes gens.
Robert, quant à lui, restait planté là. A ses côtés, Damien et Eric, prêts à le retenir s'il devenait fou. Rien de tout cela n'arriva. Robert entra dans la chambre. Les draps avaient été changés, sa tenue à elle aussi. Elle se trouvait couchée là, pâle comme une morte, ses cheveux blonds normalement brillants étaient ternes et reposaient sur l'oreiller. Elle ressemblait véritablement à une morte.
 
« Laissez-moi seul.
- Rob...
- Damien. C'est un ordre. »
 
Celui-ci ne chercha pas à discuter l'ordre de Robert et les deux hommes disparurent à leur tour, laissant Robert face à sa femme.
 
« Constance... Ma douce Constance... »
 
Il s'approcha d'elle, enleva ses bottes de cuir et sa chemise blanche et s'allongea sous les draps aux côtés de sa femme endormie. Il caressa longuement son visage d'ange et au bout de ce qui sembla une bonne heure, il parla enfin au corps endormi.
 
« Si tu savais comme je regrette, tout est de ma faute. Je n'aurais jamais dû demander ta main, j'aurais dû te laisser libre. Libre tel l'oiseau que tu es... Tu avais tellement raison, tu n'es qu'une enfant... Une enfant ne peut donner naissance à un autre enfant, n'est-ce pas ?
Je t'aime tellement, Constance... Je te jure que si tu te réveilles – et tu te réveilleras – je te laisserai partir. Tu es une guerrière, bien plus hargneuse que tous mes chevaliers réunis.... Je te prouverai que je t'aime en annulant notre mariage et en te laissant partir. Tu trouveras un homme qui t'aimeras et tu l'aimeras aussi, et il se moquera du fait que tu ne sois plus pucelle, il te voudra juste à ses côtés, comme je t'ai voulue aux miens...
Je t'aime tellement... Vis, je t'en supplie, vis, vis et souris-moi une dernière fois avant de reprendre ton envol, ma colombe... »
 
Il embrassa les lèvres rosées de sa femme et s'allongea définitivement puis, enlaçant sa taille, il s'endormit aux côtés du corps inerte de Constance.
 
 
[...]
 
 
Chaque jour, tous se relayaient pour veiller sur la divine enfant endormie. Le deuil du bébé royal se fit, mais celui de la Reine commençait à certains endroits. L'hiver était à son paroxysme et, en cet après-midi de janvier, le vent faisait siffler les cheminées et la neige arrivait bien au-dessus des petites portes de bois.
 
Robert était assis sur sa chaise. Pensif, il fixait son épouse qu'ils avaient déplacée dans la chambre royale.
Oscar III était reparti avant les tempêtes dans son Empire, laissant Justine seule. Leur mariage avait bien été célébré, mais la fête n'avait été que désolation. Justine n'avait jamais été aussi belle que ce jour-là, mais sur son visage n'était affichés que dégoût et tristesse, contrairement à celui de Constance qui avait été douceur et amour.
 
Tout en fixant Constance, il pensait à sa vie, à la mort de sa première femme, de son premier enfant. Il pensa également au portrait de Constance qu'il avait vu dans le médaillon de son frère Pierre. Portrait qui était mensonger ; elle était tellement plus belle, en réalité.
Tandis qu'il caressait la main inerte de sa femme, il repensa au bal masqué lors de son arrivée. Elle avait été tellement belle, ce jour-là, aussi belle qu'une déesse des temps anciens.
 
Soudain, la petite main de Constance se resserra dans celle du Roi, qui sursauta à ce mouvement.
 
« Constance ?! Constance ?! »
 
Aucune réponse mais une nouvelle fois, elle lui serra la main. La joie était telle qu'il ne pensa pas immédiatement à courir partout pour prévenir toute la cour, non, il voulait voir si elle se réveillait vraiment, et n'avoir ce moment rien que pour lui, tel était son égoïsme.
 
« Constance, ouvre les yeux... »
 
Deux prunelles d'un bleu glacial pénétrèrent les yeux noisette de Robert. Son sang se figea devant la tristesse apparente dans ce regard vide d'amour.
 
« Mon bébé... »
 
Sa voix était rauque et cassée. Il ne savait quoi répondre, il ne savait quoi dire. Il aurait voulu lui dire « je t'aime ». Il aurait voulu lui dire qu'il se fichait de tout ce qui s'était passé, du moment qu'elle était en vie. Mais d'une part il mentirait, et d'autre part il la crucifierait.
 
« Tu es en vie, Constance...
- Mais pas mon bébé. »
 
C'est ainsi qu'il comprit. Sa Constance, son ange de malice et de bienveillance, était morte en même temps que leur enfant et il ne lui restait plus qu'une enveloppe charnelle et la tristesse et la haine du monde devant lui.
Il aimait cette femme plus que le monde entier. Mais n'allait-il pas la détruire en la gardant sous son toit ?
 
« Constance...
- Il est mort... Je ne suis pas capable d'être Reine, je ne suis pas capable d'être votre femme... Je ne suis pas capable d'avoir un bébé... »
 
Elle poussa les couvertures et sortit de son lit de satin avec faiblesse. Robert la rattrapa de justesse alors qu'elle ne tombe au sol.
 
« Reste allongée.
- Laisse-moi mourir.
- Qu...
- ... Je veux mourir, rejoindre mon enfant... je veux mourir ! Laisse-moi partir, Robert !
- Comment puis-je te laisser mourir ?! Jamais !
- ... Si tu m'aimes, laisse-moi partir.
- Comment peux-tu me demander une chose pareille... ?
- ... Je te supplie de me laisser rejoindre mon enfant...
- Non, Constance, je ne peux...
- N'as-tu donc pas de c½ur ?
- Tant que les montagnes seront debout et que les océans seront plein d'eau, tant que le soleil brillera et que la lune illuminera la nuit, tant que Marie pleurera Jésus et que Jésus sera sur sa croix, je t'aimerai.
- Alors laisse-moi partir.
- Jamais. »
 
Les larmes montèrent dans les yeux de Constance. Elle se recroquevilla dans les bras de son époux. Se tortillant sur elle-même, elle pleurait. Elle s'accrochait à lui, comme si sa vie en dépendait et elle pleurait. Il la serra de toutes ses forces contre lui, se retenant pour ne pas pleurer à son tour. Que dirait-on d'un roi qui pleure ?
 
Et ce fut la phrase étranglée de Constance qui finit par le faire craquer, jetant au fond du puis tous ses idéaux idiots.
 
« Ne me laisse pas, Robert... Par pitié, ne m'abandonne pas pour ça... »
 
Elle resserra son étreinte autour de son cou et lui la sienne autour de sa taille, la berçant.
 
« Jamais je ne vous laisserai, Constance, vous êtes mon tout. »
 
De l'autre côté de la porte de service, Juliette venait de tout entendre et son c½ur se serra. Dans cette dure épreuve, le couple royal venait de se rapprocher et de se souder. Quand Robert mourra, Constance s'en remettra-t-elle ? Car dans le fond... Tous savaient que Robert n'était pas éternel, et que la vieillesse viendrait un jour frapper cet homme que Constance aimait tant désormais.





 

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