Insoumise Tome 1. Chapitre 9

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Chapitre 9.
 
Sa robe argentée lui allait à ravir, les manches de fourrure de sa cape venaient recouvrir ses mains frêles et une capuche de fourrure recouvrait son beau visage.
 
« Ma Reine ? »
 
Au milieu de ce jardin fané, on aurait pu la prendre pour un ange, c'est pourquoi Oliver s'approchait avec prudence vers elle.
 
« Oliver, approchez. »
 
La voix de la Reine était douce et pure. Elle s'installa sur un banc de marbre et il prit place à ses côtés, craintif d'entendre la vérité qu'il refoulait tant au fond de lui, d'après elle.
 
« Vous aimez Justine, n'est-ce pas ? »
 
Le visage du prêtre se crispa en une mine affreuse, ses cheveux tombèrent devant son visage tandis qu'il essayait de le cacher. Les larmes montaient, tant de souffrance refaisait surface. A la simple mention de son nom, une plaie béante se rouvrait encore plus.
 
« Oliver, racontez-moi.
- A quoi bon relater le passé, ma Reine ? Je ne suis qu'un serviteur.
- Oliver, vous m'avez aidée à voir mon amour pour Robert. Laissez-moi vous aider à soulager votre peine.
- Je suis condamné à porter ma croix, tel Jésus.
- Je ne vous laisserai pas la porter seul.
- Pourquoi ? Pourquoi êtes-vous si gentille ?
- Car je vous apprécie, Oliver, je suis ainsi.
- ... C'était il y a deux ans. J'avais 28 ans et elle, 15 à peine. Elle était déjà belle comme le jour et sensuelle comme la nuit. Elle avait déjà ce beau visage et ces cheveux flamboyants. Elle était parfaite. »
 
Un sourire naissant se dessina sur les deux visages.
 
« Je n'étais qu'un jeune prêtre et venais d'arriver ici, à Parni. Je viens des îles de Parkoss.
- Vous venez du Nord, alors ? Je m'en doutais...
- Oui, Majesté, je viens de Parkoss.
- Vous devez connaître le seigneur, père de Juliette.
- Oui je le connais, Madame. Un homme bon qui m'a envoyé à la capitale pour témoigner de son soutien à la couronne.
- Je vois.
- Justine m'a séduit, elle venait tous les jours à la chapelle et m'écrivait des lettres, Dieu sait que j'ai lutté. J'ai essayé de la repousser mais un jour... Un jour alors que je revenais du cimetière après l'enterrement d'un jeune chevalier, elle m'a rattrapé, habillée de sa belle robe noire elle m'a embrassé et... Et j'ai pêché.
- L'amour n'est pas un pêché, Oliver.
- Bien sûr que si ! Et je l'ai aimée, aimée comme jamais je ne pourrais aimer Dieu. Nous nous retrouvions chaque jour dans les sous-sols de la chapelle. Je l'aimais à en mourir... Elle était prête à me donner ce qu'une femme a de plus cher. Mais...
- Mais... ?
- Mais un jour, le duc de Parni, son père... Il nous a vus. Il est alors venu à la chapelle et m'a demandé de choisir entre sa fille et Dieu. Il m'a demandé de quitter l'ordre des prêtres si je voulais vraiment l'épouser. Il savait très bien que je le ferais. Il m'a dit me porter dans son c½ur. Alors je l'ai fait. J'ai préparé ma lettre pour le pape, j'ai préparé un bouquet de lilas et j'ai couru pour rejoindre Justine dans ses appartements pour la demander en mariage.
Quand je suis arrivé là-bas, elle se trouvait avec dame Abigaëlle. J'ai attendu. Et j'ai entendu leur conversation. »
 
Les mains d'Oliver se crispèrent sur sa toge de prêtre et son regard bleu plein de souffrance vint croiser celui de Constance, assoiffée de connaître la fin.
 
« Abigaëlle lui demandait si elle m'aimait... Elle a remplacé la mère de Justine et toutes deux sont très proches. Celle-ci lui a alors répondu que je n'étais rien pour elle, juste un piquant à sa vie. Qu'elle ne m'aimerait jamais et qu'elle mettrait fin à notre histoire le jour où elle se trouverait un mari.
Je n'ai plus jamais voulu la voir, je ne suis jamais retourné à nos lieux de rendez-vous et j'ai déchiré cette maudite lettre. »
 
Constance versa quelques larmes. Cette histoire lui faisait penser à ses livres. Comment pouvait-on être aussi cruel avec un homme ?
Le clocher sonna : il était l'heure de dîner.
 
« Vous joignez-vous à nous ce soir, Oliver ?
- Non merci, ma Reine, j'ai encore du travail, je mangerai avec l'évêque.
- Soit... Merci de vous être confié, Oliver.
- Merci de m'avoir écouté, Majesté. »
 
 
[...]
 
 
L'hiver était là, c'était définitif désormais. Et la naissance du petit Jésus faisait résonner dans les c½urs les cantiques en son honneur.
Le troisième mois de grossesse de la Reine s'entamait. Pourtant, une inquiétude assourdissante lui donnait des maux de ventre incroyables. Elle enchaînait les cauchemars dégoûtants et cruels et, chaque matin, elle se réveillait avec la peur soudaine de le perdre.
Les médecins la rassuraient et Olympe aussi, dans ses lettres.
 
En ce bon matin, Constance était vêtue d'une robe de fourrure brune et avait laissé ses cheveux au naturel. Elle se dirigeait avec entrain vers la salle du conseil où l'Empereur assistait à sa dernière réunion. Demain se tenait son mariage avec Justine, ensuite il repartirait pour la capitale avec sa femme. Justine ne serait plus ici et Constance n'aurait à nouveau plus que Juliette.
 
Quand Constance rentra dans la salle du conseil, tous étaient déjà là, assis et en pleine discussion. Devant eux se dressait un échiquier géant avec la carte du continent. Les griffons régnaient sur le côté Nord-Est, tout en haut se trouvaient deux-trois roses du Nord. Au centre se trouvaient des grands dragons, au Nord-Ouest des pieuvres et au Sud-Ouest des serpents aux crochets sortis.
 
Constance analysa la carte. Les Nordiens n'étaient pas utilisés, les Yevisses protégeaient leurs frontières alors que les montagnes le faisaient déjà. Les Zoyates se trouvaient autour de l'Empire et quant au Royaume de Parni, les bateaux étaient réquisitionnés pour protéger la Flèche. Tout était fait pour que l'Empire soit protégé, mais au final il y avait une faille.
 
« Il faut que vous envoyiez des troupes à Norkos.
- Excusez-moi ?
- Vous devriez envoyer des troupes aux îles de Norkos, votre Sainteté.
- Pourquoi ? Expliquez-vous. »
 
Le regard dédaigneux de ce vieil homme fit frémir Constance de dégoût.
 
« Envoyez les Nordiens puisqu'ils ne sont pas réquisitionnés.
- Pourquoi protéger des prisonniers, reine Constance ?
- Je... Cela me paraît évident.
- Et bien pas pour nous, Madame.
- Pour moi, ça l'est. »
 
Le regard noisette de Damien se planta dans les prunelles azur de sa belle-s½ur.
 
« Les Nordiens sont des sanguinaires et font peur à n'importe qui. Les Stotchiens sont peu nombreux, ils luttent contre quatre forces militaires, ils voudront des hommes. Et qui d'autre pour les aider que nos prisonniers ? Constance a totalement raison. En protégeant les îles de Norkos, nous les empêcherons d'avoir de nouveaux alliés.
- Pourquoi les Nordiens ?
- Ils inspirent la crainte, votre Sainteté. Les prisonniers ont peur d'eux. Ils ne chercheront pas à les tuer.
- Futile. Les Stotchiens ne sont pas assez intelligents pour penser que les prisonniers se rallieraient à eux, et mes hommes se trouvent déjà là-bas.
- Vous faites une grave erreur.
- ASSEZ. Je vous prierais, dame Constance, de déguerpir d'ici. Le conseil militaire n'est pas un endroit pour une femme.
- Je suis la Reine.
- La Reine n'est là que pour faire joli à côté du Roi. Rien d'autre. Maintenant sortez ! Vous feriez mieux de vous occuper de votre ventre proéminent !
- Quoi ?! Ma...
- Sortez Constance, s'il vous plaît. »
 
La voix de Robert était douce et ferme, une main de fer dans un gant de velours.
Constance se tut, se releva et prit le chemin de la sortie sous le regard pesant de l'assemblée, mais dégoûté d'Eric qui aurait voulu la suivre.
 
Quand la porte se referma derrière elle, Constance put entendre un filet de conversation.
 
« Mon cher roi Robert, vous feriez mieux de la battre quelques fois au lieu de la couvrir de cadeaux et de céder à ses caprices. Elle oublie son rang.
- Elle est de rang aussi noble que le mien.
- Elle est une femme. Elle n'est rien du tout. »
 
Le c½ur de Constance se serra, Robert ne répondait rien, il ne la défendait pas. Elle n'était donc qu'une femme... Prise d'une rage soudaine, Constance monta à ses appartements et sonna Juliette.
 
« Madame m'a fait appeler ?
- Fais mes coffres, s'il te plaît, et appelle deux hommes forts. Je retourne dans mes appartements personnels.
- Quoi ? Mais que vous arrive-t-il ?
- Juliette, cesse de poser des questions et fais ce que je te dis ! Va chercher Coline ou Gabrielle si tu le souhaites, mais fais mes valises et emmène tout cela dans ma chambre.
- ... Constance...
- Je ne suis qu'une femme, Juliette. C'est tout. »
 
Juliette n'insista pas plus, sachant pertinemment qu'elle n'en saurait pas davantage. Alors elle appela les deux autres dames de compagnie de la Reine et commença à faire les coffres de Constance, qui avait disparu.
 
Elle marchait d'un pas colérique dans les couloirs du château. Elle gravit les escaliers en colimaçon et, en arrivant en haut d'une tour de garde elle respira, se laissa glisser le long d'un pan de mur. Elle avait failli tomber plus d'une fois en voulant venir ici, elle n'avait pas pensé à elle, ni à son bébé, elle avait seulement pensé à sa peine. Elle n'était qu'une femme. Il devrait la battre pour la remettre à sa place... Quelle idiote elle avait été...
 
Le vent soufflait à travers les meurtrières, sifflant dans la tour avant de repartir dans les montagnes. Ses cheveux blonds fouettaient son visage et son c½ur battait à tout rompre.
 
Elle haïssait son monde, elle haïssait sa vie, elle haïssait les hommes. Et elle espérait, du plus profond de son c½ur qu'un jour, les femmes seraient les égales des hommes.
 
« Votre Altesse ?! Êtes-vous folle ? Vous n'avez rien à faire ici, voyons !
- Constance !!
- Aide-moi à la soulever, elle est gelée.
- Je vais bien...
- Oui, tu vas bien. Tu es gelée mais tu vas bien.
- Robert, ne... Ne pas me voir comme ça... »
 
Elle était tellement perdue dans ses pensées qu'elle avait oublié le froid mordant sa peau. Elle n'arrivait plus à bouger.
 
« Robert est encore en pleine discussion avec l'Empereur.
- E... Eric... »
 
Elle se sentait pleinement en sécurité dans les bras d'Eric, mais elle savait qu'il n'était pas seul, le premier à avoir parlé n'était autre que Marc. Robert l'avait libéré et lui avait rendu son titre de chevalier contre son serment d'allégeance à la couronne de Parni.
Elle sentit les draps chauds venir réchauffer son corps. Elle ferma les yeux et savoura cet instant douloureux et agréable à la fois.
 
« Sortez, je vais la mettre en habit de nuit.
- Bon sang, Juliette, je l'ai déjà vue ainsi, laisse-moi t'aider.
- Non ! Je vais me débrouiller, Gabrielle et Coline ont été chercher des draps propres et de l'eau chaude. Va chercher un prêtre pour qu'il l'ausculte. Elle est gelée.
- Je vais vous aider.
- Qui êtes-vous ?! »
 
Une jeune femme aux cheveux bruns et aux lèvres rouges entra dans la pièce.
 
« Je me nomme Camille, la Reine moi et nous connaissons. Laissez-moi vous aider, elle est en hypothermie. Il faut faire du feu, et frictionner pour réchauffer. Enlevez-lui ses habits trempés. Messieurs... Sortez et allez nous chercher de la soupe en cuisine. Et vous...
- Eric.
- Ser Eric, montez la garde, je ne pense pas qu'elle veuille que le Roi la voie dans cet état. »
 
La voix de Camille était posée et douce. Elle savait ce qu'elle faisait, cela se sentait. En une heure, Constance était réchauffée, en habit de nuit et dormait paisiblement, une main sur son ventre arrondi.
 
« Et le bébé ?
- Il va bien, j'ai entendu son c½ur.
- Vous avez entendu son c½ur ?
- Oui. J'ai mis mon oreille ici. »
 
Et elle caressa son propre bas ventre, au niveau du pubis.
 
« Je...
- Est-ce que le Roi sait qu'elle est revenue dans ses appartements ?
- Non, pas encore. Sa colère sera terrible, je pense.
- Pourquoi ?
- Malgré les apparences, il l'aime de tout son c½ur.
- Ô même en apparence, cela se voit. Il la dévore des yeux dès qu'elle est dans la même pièce que lui.
- C'est exact.
- Pourquoi est-elle partie des appartements royaux ?
- Je ne sais pas. Elle n'a eu de cesse de répéter qu'elle n'était « qu'une » femme.
- Je vois. »
 
Soudain, la jeune Reine s'agita, ouvrant les yeux.
 
« ... Je... J'ai chaud...
- C'est une bonne nouvelle, votre Majesté.
- Ca... Camille ?
- C'est bien moi.
- Constance, comment te sens-tu ?
- Je... Bien. Juliette, je veux être seule avec Camille.
- Si tu donnes des ordres, c'est que tu vas bien. Si tu as besoin de moi, je suis dans la pièce à côté.
- Je sais. Merci, mon amie. »
 
Juliette baisa le front encore un peu frais de son amie.
 
« Je t'en prie. »
 
Puis elle disparut dans la seconde pièce. Camille s'installa alors sur le lit blanc et vert de la Reine, un bouillon dans les mains.
 
« Comment vous sentez-vous réellement ?
- Fatiguée.
- C'est normal. Vous pouvez bouger tous vos membres ? »
 
Un court temps s'écoula puis Constance hocha la tête en signe d'affirmation.
 
« C'est parfait.
- Où êtes-vous partie ?
- Pardonnez-moi ?
- Dans le monde, dans le continent... Où êtes-vous déjà allée ?
- Vous êtes une bien drôle de personne, votre Altesse. Vous venez de frôler la mort et à votre réveil vous voulez connaître mes voyages ?
- Il est vrai que c'est étrange. »
 
Constance esquissa un sourire et prit une gorgée de bouillon.
 
« J'ai été partout dans le continent. De Moyiz à la Flèche en passant par Korez et en allant à Parkoss. J'ai même vu votre ville natale, Vyris.
- Quand ça ?
- Il y a fort longtemps...
- ... CONSTANCE !! »
 
La voix inquiète de Robert résonna dans la chambre de la Reine. Il venait d'ouvrir la porte dans un grand fracas et était à bout de souffle, sa chemise de satin était tachée de sueur et son pantalon de cuir laissait transparaître le tremblement de ses jambes.
 
« Toi ! Déguerpis d'ici. »
 
Camille se leva prestement, embrassa Constance sur le front et lui murmura à l'oreille quelque chose que Robert ne put entendre avant de partir de la chambre, non sans lancer un regard provocateur au Roi.
 
Il s'avança jusqu'au lit à baldaquin vert et blanc et se mit à genoux, prenant la main délicate de son épouse dans la sienne.
 
« Pourquoi avez-vous déserté nos appartements ?
- Vous n'avez point besoin d'une femme dans vos pattes, Robert.
- J'ai besoin de vous, Constance.
- Vous n'avez en aucun cas besoin de moi.
- Je vous l'ai pourtant tant prouvé.
- Il fallait me le prouver ce matin, mon ami. J'avais besoin de vous face à cet Empereur de pacotille. »
 
La grosse main de Robert se plaqua sur sa bouche et il la regarda d'un air inquiet.
 
« J'ai besoin de vous plus que de personne. L'Empereur a ses défauts, j'ai les miens, mais je ne peux me permettre de le contredire ; il est notre meilleur allié, Constance.
- Alors allez-vous me battre parce que l'Empereur le veut ?
- Non ! Bien sûr que non !
- Pourtant vous ne devez le contredire !
- Constance ! Arrêtez vos enfantillages ! Nous allons être parents et vous vous comportez comme une enfant !
- Peut-être parce que je suis encore une enfant. »
 
A ces mots elle ramena les couvertures jusqu'en haut de son nez et tourna le dos à Robert.
Il comprit alors qu'elle avait décidé de bouder. Il se releva et partit de la pièce en souhaitant une bonne nuit à sa femme.
 
Elle s'endormit alors, inconsciente du malheur qui allait tomber cette nuit-là.


 

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