Insoumise Tome 1. Chapitre 7

Merci à ma petite BlackPlume d'être toujours aussi présente et assidue dans les corrections de mon projet qui je l'espère vous plais toujours autant !!


Chapitre 7.


« Activez-vous, Mesdemoiselles ! Allez !! »
 
La semaine suivant son mariage s'était rapidement écoulée et avait été relativement joyeuse. Robert et elle ne faisaient point encore chambre à part, trop avides de connaître tous les secrets de l'autre. Leur relation devenait passionnelle et pleine de désir. Chaque jour, lors de leurs activités quotidiennes, s'ils avaient le malheur – ou le bonheur ? – de se croiser, ils se dévoraient du regard à en faire écarquiller des yeux leurs amis.
Et le jour fatidique arriva. Le c½ur battant, Constance se laissait une fois de plus faire sous les mains habiles de ses domestiques. Le jour du couronnement était là.
 
Elle n'avait pas dormi de la nuit, trop angoissée à l'idée d'affronter cette journée. Robert, lui, avait dormi comme un bébé.
 
Bébé... Ils voulaient tous les deux un bébé. Ils en parlaient sans relâche et elle avait peur, peur d'être une femme ne pouvant en avoir... La renierait-il, si c'était le cas ?
 
« Aïe ! »
 
L'épingle à cheveux lui étant rentrée dans le crâne, cela la fit sortir de ses pensées mélancoliques. La jeune fille s'excusa vivement avant de reprendre son travail.
 
Ce fut Pierre qui vint la chercher. Bras dessus, bras dessous, ils partirent dans la salle du trône. Celle-ci était faite de pierres blanches et de vitraux représentant l'histoire de Parni, et de nombreux étendards surmontés d'un griffon étaient suspendus. Le tapis rouge menant au trône était de velours rouge et autour de lui se trouvaient toutes les personnes de la royauté. Constance put même croiser le regard de Justine, au bras de son fiancé. Ce dernier était vraiment laid : une barbe de trois jours jonchait ses joues, ses cheveux gris étaient gras, ses yeux bleus étaient jaunis par l'alcool. Comment Robert avait pu dire oui ? Elle s'était crue dans un cauchemar en épousant Robert. Elle savait désormais que le cauchemar qu'elle avait tant redouté, c'était Justine qui le vivait.
 
Dans sa robe rouge au bustier de roses en dentelle, tête nue, ses cheveux simplement coiffés d'un chignon élégant, une parure de rubis et d'argent, elle était d'une beauté pure. Au milieu de cette foule, on aurait pu la prendre pour un ange en Enfer. Quand elle arriva au niveau du trône, elle se mit à genoux, à genoux devant son époux qui, lui, se tenait droit. Sur sa tête habituellement nue se trouvait une couronne d'or. Il était vêtu d'une tenue royale et il avait le visage fermé. Ne voyant aucun signe tendre de son époux, Constance se sentit définitivement mal, elle se sentit brebis, une pauvre brebis seule, au milieu des loups.
Ce fut le prêtre de la chapelle royale qui s'avança. Il était vraisemblablement très jeune mais plutôt mignon ; des cheveux longs, lui arrivant en bas de la nuque, des yeux bleus comme l'océan et une barbe accompagnée d'une fine moustache. Il n'avait rien d'un prêtre et pourtant il l'était bel et bien, au vu de son habit blanc.
 
Il s'avança vers Constance et fit le signe de croix sur son front tout en murmurant une prière tandis que tous dans la salle avaient les mains jointes et la tête baissée, même Robert.
 
Puis tout le monde releva la tête vers la jeune femme. Toujours à genoux, tête baissée et les mains jointes devant son visage, elle priait. Pour la première fois depuis longtemps, Constance priait.
Aucun mot n'était prononcé. Contrairement au couronnement du Roi, la Reine n'avait aucun serment à faire, elle devait juste attendre et se taire.
Soudain, quelque chose de lourd se posa sur sa tête, quelque chose de lourd et de glacial.
La main de Robert apparut devant ses yeux. Elle la prit et se releva, faisant face à la cour. Tous l'applaudirent, et à son oreille elle entendit sa voix, la voix de son époux.
 
« Vous êtes Reine, Constance. »
 
Les larmes aux yeux, Constance salua la cour, avant de suivre son époux aux remparts, devant l'air curieux des soldats. De là, elle put les voir : les gens du peuple, l'acclamant et hurlant son nom. Alors elle les salua. Elle les salua mais ne put entendre ce qu'ils disaient.
 
Ce jour scella à jamais son destin, celui d'une reine légendaire.
 
 
[...]
 
 
Les journées étaient délicieuses ; l'odeur des crocus et des asters venait envahir les narines de Constance. Un mois. Voilà un mois qu'elle était mariée et Reine. Reine de Parni. Reine du plus grand Royaume du continent. Robert ne voulait que son royaume devienne un empire, même s'il avait pourtant conquis la moitié de l'empire Stotch. L'empereur Oscar III l'appelait d'ailleurs Robert I, ou l'empereur de Parni quand celui n'était point là.
En un mois Constance avait pu analyser son époux dans les moindres détails. Il était un homme sûr de lui et autoritaire qui usait de ses atouts pour bien des choses. Il avait une autorité innée comparé à son frère qui, lui, utilisait souvent les menaces pour se faire obéir.
Damien... Damien de Parni, son beau-frère. Lui et Constance se livraient à un jeu assez étrange... Un jeu d'échec géant ou chaque pion pouvait leur coûter la vie.
 
« Votre Altesse.
- Da... Damien. »
 
Constance marchait dans les jardins extérieurs depuis une bonne heure déjà. Le début de l'après-midi était étonnamment chaud en ce jour d'automne et elle avait décidé de profiter du soleil et de ses bienfaits.
 
« Robert vous demande.
- Ils s'en vont, n'est-ce pas ?
- Dans une heure. »
 
Constance se mordit violemment la joue. Son frère et elle s'étaient rapprochés depuis son arrivée à la capitale et elle était triste de lui dire adieu, ainsi qu'à son ami de toujours, Eric. Comment allait-elle faire sans Eric ?
Tous deux avaient passé un mois magnifique. Lorsque Robert était absent, Eric accourait, l'emmenant à cheval ou l'accompagnant à la bibliothèque. Son plus beau souvenir resterait tout de même leur promenade au bord de la rivière du parc où Eric, Pierre, Juliette et elle avaient été déjeuner au bord du cours d'eau. Ils avaient beaucoup ri et Constance avait cru, l'espace d'une heure, être rentrée dans le Nord, à Vyris, et que d'une minute à l'autre le seigneur du Nord et sa femme allaient les rejoindre pour les gronder car les Nordiens ne se conduisaient point de cette façon, qu'une telle conduite était réservée aux Sudistes.
Elle était une femme du Sud, désormais. Le Nord n'était plus sa maison. Elle était orpheline.
 
« Vous êtes parfaite, aujourd'hui.
- Merci.
- J'aime bien votre peigne.
- C'est un cadeau de votre fille.
- Pour quelle occasion ?
- Euh... Le mariage. Elle m'a dit qu'elle n'avait rien trouvé avant.
- J'aime beaucoup. »
 
Damien passa sa main dans la chevelure blonde de la jeune femme. Une mèche dépassait des tresses rejointes derrière sa tête et liées par le peigne. Il enroula alors celle-ci autour de son doigt.
 
« Votre beauté est celle du Sud et non du Nord. Vous avez l'air... si froide à l'extérieur, mais tellement chaude à l'intérieur. »
 
Constance se dégagea de ce rapprochement bien trop intime et continua sa route vers la salle du trône.
Elle rentra sans se faire annoncer, et c'est avec hâte que les trompettes résonnèrent.
 
« La reine Constance ! »
 
Tous s'abaissèrent devant la jeune femme. Sa robe bleu nuit au corset noir solidement fermé et à la dentelle noire dégringolant était stricte, avec son col enserrant sa gorge tel un étau. Elle n'était en aucun cas habituée à ces robes compliquées qui ne laissaient apparaitre qu'un triangle de poitrine. Ses bras nus étaient pâles et elle gardait la tête haute tout en s'avançant. Ses dames de compagnie la suivirent à toute allure après avoir entendu les trompettes. Elles étaient toutes habillées de jaune pâle pour l'arrivée de l'automne. Juliette était en première ligne, suivie de près par Justine.
 
« Ma Reine. »
 
Robert courba le dos devant sa jeune épouse et baisa sa main avant de se redresser et de faire face au seigneur du Nord et son chevalier servant, Eric.
 
« Faites bonne route, Pierre. La prochaine fois, ce sera moi qui viendrai vous voir, avec votre s½ur.
- Je l'espère, Majesté.
- Ma douce ? Une dernière parole avant que votre famille ne parte ?
- J'ai une dernière requête à vous faire, mon époux, autant à vous qu'à ces deux hommes.
- Dites-moi ?
- Je voudrais qu'Eric soit mon bouclier lige.
- Bouclier lige ? Ceci n'est point utile, nous ne sommes pas en guerre.
- Si, nous sommes en guerre contre l'empire de Stotch, que vous le vouliez ou non. Alors permettez à ser Eric de rester et de me protéger. Je sais que vous allez bientôt partir.
- Comment ?
- Les murs ont des oreilles, mon Roi, et moi j'en ai beaucoup.
- ... Si le seigneur du Nord le veut, ainsi que le principal concerné. »
 
Les deux hommes se regardèrent tous deux, puis Eric donna une accolade à Pierre avant de s'agenouiller devant la Reine et de lui tendre son épée.
 
« Je jure allégeance au Roi et à la Reine, aux statuts du royaume de Parni et du Nord. Je jure que j'effectuerai loyalement les fonctions qui me seront assignées et que je protégerai Constance de Parni comme si c'était ma propre vie. Par tous les Saints, je le jure. »
 
Constance prit l'épée sous les yeux bienveillants de son mari et choqués des autres gens de la cour. Une femme n'avait rien à faire avec une épée de cette taille dans les mains.
 
« Je jure, ser Eric, qu'en échange de votre allégeance vous aurez toujours une place sous mon toit et à ma table, que vous serez tel un membre de ma famille et qu'à jamais je vous aiderai dans vos requêtes. Par tous les Saints, je le jure. »
 
Quand Eric se releva, son regard plein de remerciements croisa celui, plein de tendresse, de la Reine. Tous deux se souriaient car ils savaient qu'ils venaient de se promettre que la seule chose qui les séparerait serait la mort.
 
Ce jour-là fut particulièrement mouvementé et triste, les adieux n'étant jamais quelque chose de joyeux.
Quand Constance enlaça une dernière fois son frère, avant que celui ne grimpe sur son étalon, elle pleura. Elle ne pleura pas à grands cris ou à grands renforts de larmes, de reniflements et de sanglots. Non. Elle laissa simplement échapper une larme, qui roula le long de sa joue. Pierre l'essuya avec pudeur avant de murmurer à son oreille.
 
« N'oublie jamais, Constance. A des kilomètres ou juste à côté de toi, je serai à jamais là. Demain ou dans vingt ans, si tu m'écris pour me demander mon aide, j'accourrai.
- Fais attention, Pierre, et sache que même ici, à la capitale, je défendrai à jamais le Nord.
- Je l'espère. Le Nord, Vyris... Nous serons toujours ta maison. »
 
Pierre prit le visage de sa s½ur entre ses mains et embrassa son front et tous deux frottèrent leur nez l'un contre l'autre sous le regard surpris de la cour.
« Prends soin de toi. »
 
Leurs voix résonnèrent toutes deux en un murmure commun et Pierre grimpa sur son cheval. Il salua une dernière la foule et partit en premier au galop, suivi de ses troupes et du carrosse.
 
Eric enlaça un des doigts fins de sa protégée, avant de lui dire :
 
« Le Nord est notre patrie, petite rose. Ne l'oublie jamais.
- Jamais je ne l'oublierai, Eric. »
 
Constance se retourna devant les regards curieux. Elle n'allait pas supporter cela, ces regards curieux et souvent malintentionnés, avides de tout secret qui pourrait emplir les ragots de la cour.
Robert se trouvait là, à deux pas d'elle. Il l'avait laissée faire ses adieux, il lui avait laissé son intimité avec son frère. Elle monta les escaliers de marbre et enlaça son époux puis ils rentrèrent dans le palais, suivis de la cour.
 
« Nous irons dans le Nord, point maintenant, mais bientôt, je vous le promets. Pour l'instant, préparons-nous à l'hiver, les températures baissent et bientôt nous gèlerons. »
 
Le temps s'assombrissait de plus en plus et au lieu de ressentir la douce chaleur du soleil, on ne ressentait plus que la froideur du vent.
 
Tous deux s'embrassèrent, tandis que le vent venait faire siffler les cheminées.




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Comments :

  • PetitesHistoiresDeLily

    22/11/2017

    Madisondreams90 wrote: "une reine legendaire ;) de l'amour :) la suite ?????"

    L'amour fraternel et l'amitié je trouve reste très présent dans ce chapitre :)
    Une Reine légendaire, peut être pas pour l'instant encore, mais bientôt ;)
    La suite la semaine prochaine je pense ^^

  • Madisondreams90

    22/11/2017

    une reine legendaire ;) de l'amour :) la suite ?????

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