Insoumise Tome 1. Chapitre 4

Merci à ma correctrice Black Plume qui me redonne l'inspiration et la motivation de publier ♥.


Chapitre 4.
 
Courant dans les dédales de couloirs froids, habillée seulement d'une chemise volée à Robert, beaucoup trop longue pour elle, elle courait dans les couloirs sombres, les larmes dévalant ses joues. Elle ne savait où était la volière et elle avait peur, peur qu'il ne soit trop tard. Elle avait éliminé l'aile Ouest, la sienne, l'aile Sud également. Mais Est... Ou bien Nord ?
Et ce fut à ce moment-là qu'elle vit cette porte, cette porte cachée dans les escaliers en colimaçon de la tour Est. Elle le prit avec prudence et gravit les marches avec peur. Quand elle arriva au sommet, il était là, un pigeon dans la main et il nouait un message rond autour de sa patte.
 
« Non ! »
 
Robert releva la tête, surpris par ce cri de détresse. Quand il la vit, la surprise envahit encore plus ses traits.
 
« Quelle est cette tenue ?
- Robert, ne faites pas ça ! Je ne veux pas retourner dans le Nord ! Je ne veux plus jamais revoir Pierre ! Je veux être votre femme !
- Arrêtez vos caprices, Constance, jamais vous ne serez heureuse ici.
- J'ai réussi à l'être, jusqu'à maintenant.
- J'ai tout gâché.
- J'ai été sotte de croire que vous alliez m'attendre jusqu'au mariage...
- Que...
- Je sais qu'une fois que nous serons mariés, vous ne la verrez plus. Je sais que vous ne verrez plus que moi.
- A quoi jouez-vous, bon sang ?!
- Je ne joue à rien.
- Vous me rendez fou, Constance, fou de désir pour vous et si je ne me retenais point, je vous aurais déjà prise avec une violence que je ne me connais point encore. »
 
Constance s'approcha. Elle sentait son bas ventre frémir de chaleur. Elle n'aimait pas Robert, du moins pas encore... Mais elle le désirait de tout son être et cela la rendait folle également.
 
« Prenez-moi... Prenez-moi avec la violence dont vous me parlez sans cesse. »
 
Robert écarquilla les yeux avant de plaquer avec violence Constance au mur et de l'embrasser avec passion. Les langues s'entremêlaient, les lèvres se mordaient, les ongles se plantaient et les jambes de Constance se nouèrent à la taille de Robert tandis que celui-ci la soutenait d'un bras musclé tandis que l'autre ouvrait la porte. Il descendit avec difficulté les escaliers en colimaçon avant de continuer sa marche dans l'aile Sud et de rentrer avec fracas dans sa propre chambre. Là, il lança presque la jeune femme sur son lit avant de l'embrasser de toute part ; cou, naissance des seins, ventre, cuisses... Il arracha la chemise déjà bien usée que Constance lui avait volée et reprit ce travail de baisers tandis que la jeune femme débouclait sa ceinture et faisait glisser son pantalon de cuir le long de ses cuisses.
 
Ils étaient tous deux nus, prêts à faire un énième pêché ; celui de la chair avant le mariage.
 
Il léchait, caressait... Il était habile et expérimenté. Mais malgré les suppliques de sa bien-aimée, il se laissa glisser sur le côté, laissant la jeune Princesse frustrée.
 
« Je ne suis point à votre goût ?
- Je ne peux faire ça... Je ne peux trahir mes engagements et prendre votre virginité sans que vous soyez mienne.
- Dans deux semaines je serai vôtre.
- Dans deux semaines vous connaîtrez le plaisir. »
 
Tous deux se fixaient et Constance se glissa dans les draps chauds du Roi.
 
« Puis-je dormir avec vous, ce soir... ?
- Que...
- J'ai envie d'être avec vous... »
 
Elle souriait, de ce sourire angélique dont elle seule avait le secret. Il frémit, un frémissement de désir et s'allongea à son tour dans les draps. Il souffla sur la dernière bougie allumée et ferma les yeux. Un corps frêle vint se coller à lui dans le lit si grand et il sentit bien vite le souffle de la jeune femme s'apaiser et prendre une cadence d'enfant endormi. Seulement là, il put le dire.
 
« Je vous aime, Constance. »
 
Et il s'endormit.
 
[...]
 
Un cri strident, de la porcelaine se cassant sur le carrelage froid et des sursauts et cris outragés résonnèrent en ce matin déjà froid d'été.
« Je... Princesse Constance... Qu'est-ce que... Mon Roi !! »
 
Robert était réveillé depuis longtemps et n'avait osé bouger. La jeune femme était allongée sur lui et dormait à points fermés, la tête reposant dans son cou, ses cheveux blonds emmêlés s'écoulant dans sa nuque. Ses fesses rebondies étaient parfaitement visibles et sa poitrine était plaquée contre lui. Elle était alléchante. Puis cette idiote de servante était rentrée et avait tout gâché. Constance se trouvait là, tétanisée, avec la couverture remontée jusqu'au menton.
 
Et tous deux se fixaient avec une lueur nouvelle dans le regard : de la complicité.
 
[...]
 
Dans sa robe de tissu dur, vert et aux motifs d'or, elle se tenait à genoux, un voile devant le visage. Son c½ur battait la chamade et elle priait mélancoliquement dans la chapelle du château en attendant son confesseur. Celui-ci arriva en retard et s'installa.
 
« Confessez-vous, mon enfant.
- Je n'ai point péché, du moins je ne le crois pas, mon Père.
- Alors pourquoi êtes-vous ici, belle enfant ?
- Car je ne sais plus, mon Père, je ne sais plus qui je suis, d'où je viens... Je ne sais plus ce que je ressens...
- Que dites-vous ?
- Suis-je vraiment la future reine de Parni ? Suis-je vraiment la future femme du roi Robert ? Ou bien ne suis-je encore que l'enfant insouciante du Nord ? Suis-je du Nord ou bien du Sud ? Suis-je... Suis-je seulement attirée physiquement par Robert ou bien est-ce que je l'aime d'amour ? Ô mon Père, je ne sais plus ce que je fais ou ce que je dis... »
 
La voix de l'autre côté était très calme et douce et non chevrotante comme les autres prêtres. Qui était donc l'homme de l'autre côté ?
 
« Vous êtes Constance de Vyris, bientôt de Parni, vous n'êtes que Princesse mais bientôt vous serez Reine. Vous n'êtes plus une enfant, la cour vous a fait grandir. Et vous êtes autant du Nord que du Sud.
- Suis-je amoureuse de Robert ?
- L'amour rend fou, l'amour rend tout plus beau. L'amour détruit de l'intérieur et en même temps nous rend meilleur. Il embrase notre c½ur et nous fait nous sentir mort quand la personne nous quitte...
- Je ne le suis point, alors...
- Mais vous le devenez... »
Constance écarquilla les yeux et tourna son visage voilé vers le prêtre de l'autre côté du confessionnal.
 
« Comment pouvez-vous... ?
- Vous ne l'aimez encore d'amour véritable mais vous le désirez. Le désir va forcément avec l'amour.
- Quand on aime, on désire, mais quand on désire... On n'aime pas forcément, mon Père.
- A quoi pensez-vous quand vous dites cela ?
- Aux prostituées.
- Vous avez raison, les hommes les désirent sans les aimer. Mais vous, en tant que femme, faites-vous semblant de désirer Robert ?
- Non.
- Êtes-vous une catin ?
- Non !
- Tenez-vous à Robert ?
- D'une certaine manière oui, je tiens à lui.
- Alors laissez faire le temps. L'amour vous gagne petit à petit. Cessez simplement de lutter.
- Pardonnez-vous mes pêchés ? Ceux de l'avoir désiré avant le mariage ?
- Dieu vous pardonne, mon enfant. »
 
Constance sortit du confessionnal, pria une dernière fois tout en allumant un cierge et disparut de la petite chapelle.
Elle descendit les escaliers grandioses et tout en en remontant d'autres, elle croisa Juliette, au bras d'un jeune homme, aux cheveux mi longs dégoulinant dans sa nuque en une cascade de boucles brunes. Ses traits carrés étaient joyeux, sa légère barbe le vieillissait quelque peu et ses yeux bleus... presque gris, étaient horriblement heureux.
Juliette riait avec lui et semblait au comble du bonheur.
Quand tout deux croisèrent Constance, ils s'agenouillèrent presque devant elle dans les beaux escaliers de velours rouge.
 
« Votre Majesté.
- A qui ai-je l'honneur ?
- Louis, votre Majesté, Louis du Varre.
- Du Varre ? L'Est ?
- Oui, votre Majesté. Je suis l'écuyer de votre fiancé.
- Oh, je vois. Vous êtes le fameux Louis. »
 
Et Constance pinça ses lèvres dans une mine farouche.
 
« Y a-t-il un problème, votre Majesté ?
- Aucun, mon cher. Mis à part que mon cher fiancé me rabâche les oreilles avec vos prouesses depuis mon arrivée à la capitale. »
 
Le jeune Louis rougit au vu de ce compliment drôlement formulé.
 
« Juliette ne cesse de me vanter vos qualités dans le domaine de l'équitation. Voudriez-vous vous joindre à nous pour la balade de cet après-midi ?
- Avec joie, Louis.
- Mais Madame, avez-vous vraiment une robe pour ?
- Bien sûr, Juliette, j'ai toujours tout ce qu'il me faut. »
 
La femme du Nord fit une révérence d'au revoir et disparut dans les couloirs de tableaux et de tapisseries royales sous l'½il amusé du jeune écuyer du Roi.
 
[...]
 
« Bon Dieu Mademoiselle Constance, restez tranquille !
- Je crois que je vais étouffer d'une minute à l'autre, Juliette !
- Cela ne fait rien. Vous devez être parfaite pour le jour de votre mariage et couronnement !
- Le couronnement est dans longtemps, Dame Abigaëlle.
- Le couronnement sera seulement une semaine après votre mariage.
- Au Diable toutes ces célébrations !
- Ce langage ne doit sortir de la bouche d'une Reine. »
 
Et avant même que Constance puisse répliquer, une nouvelle épingle se planta dans les tissus blancs, lui arrachant un cri de douleur : elle avait traversé le tissu et s'était plantée dans sa peau.
 
« Bon sang, faites attention ! »
 
La servante s'excusa d'une voix à peine audible et continua son travail.
La robe était belle, blanche comme les nuages, avec des perles un peu partout. Des énormes diamants jonchaient la poitrine et le ventre, les manches étaient faites de soie et de dentelle...
Mais cette robe ne ressemblait guère à Constance. Elle aurait voulu provoquer le monde et entendre les esclaffements des gens autour d'elle.
Là, elle n'entendrait que leur soupir d'extase.
 
« Cet après-midi, d'ailleurs, nous devrons continuer le buste de la robe.
- Je ne suis point ici, cet après-midi.
- Excusez-moi ?
- Je suis en promenade équestre. Avec Louis du Varre et le roi Robert.
- Le Roi ne m'a point prévenue.
- C'est une surprise que je compte lui faire. Alors dépêchez-vous de finir ce que vous êtes en train de faire, je dois encore me coiffer et me préparer. »
 
Abigaëlle pinça ses lèvres presque inexistantes et, bientôt, Constance fut libérée. Juliette et deux autres servantes l'aidèrent à se préparer et elle put enfin se détendre avant de partir aux écuries.
 
« Il n'y aura point que vous, Mademoiselle Justine vient avec vous également.
- Ah oui ?
- Oui. Elle a besoin de se détendre et de s'éloigner de certains « trouble-fêtes », d'après son père.
 
La mine que venait d'avoir Juliette fit rire Constance de bon c½ur.
 
« Avez-vous un reproche à faire au duc de Parni ?
- Pourquoi dites-vous cela ? »
 
Constance, tout en répétant « son père », imita la tête de Juliette.
 
« Oh... Hum... Le duc de Parni m'a fait des avances en ce beau matin et Louis m'a sauvée...
- Louis vous a sauvée. »
 
Constance claqua dans ses mains et les servantes se retirèrent après avoir terminé en très peu de temps la coiffure de la Princesse.
 
« Bien... Tu as été sauvée par Louis ?
- Oui.
- Raconte-moi cela.
- Eh bien... »
 
On toqua à la porte et Constance soupira. Jamais tranquille.
 
« Entrez. »
 
Une jeune femme entra, habillée d'une robe qui avait toutes les nuances de vert, d'un vert pomme au vert pâle en passant par un vert olive. Ses cheveux roux étaient amassés en un chignon haut duquel descendaient en cascade des mèches. Elle était resplendissante et sur son visage se lisait la joie de vivre.
 
« Princesse Constance. Je suis Justine, la fille du duc de Parni.
- Je sais qui tu es et je suis enchantée d'enfin pouvoir faire ta connaissance, Justine.
- J'ai l'air d'un souillon, comparée à vous... Votre robe est si belle... »
 
Constance rougit. Elle portait une robe d'équitation rouge vif aux broderies d'or sur les contours et les manches courtes lui laissaient pleinement la liberté de ses mouvements. Traînant par terre, la robe laissait deviner qu'elle n'était pas faite pour monter à cheval, alors que si. Seule Constance le savait ; une ouverture était faite à l'avant de celle-ci pour pouvoir monter comme un homme.
Elle avait deux tresses de chaque côté de la tête, se rejoignant en une seule pour s'écouler dans son dos. Dans celles-ci s'étaient glissées des perles.
 
« Bien, allons-y. »
 
Juliette tendit les gants de cuir à Constance, qui les revêtit avant de mettre ses bottes de cuir noir et de partir au-devant de ses deux accompagnatrices.
 
« Vous plaisez-vous à la capitale ?
- Cela me change de ma région d'origine, il est vrai.
- Votre mariage est dans peu de temps.
- La semaine prochaine, à vrai dire.
- Avez-vous hâte ?
- Je ne sais pas. »
 
Justine écarquilla les yeux.
 
« Vous savez, je n'ai pas hâte non plus de me marier à l'Empereur de Zoya.
- Zoya est le continent voisin !
- C'est exact, le roi Robert veut établir une alliance avec l'Empereur, qui a accepté, à condition de m'avoir pour épouse, moi. La belle enfant. 
- Pourquoi... La belle enfant ?
- Jusqu'à votre arrivée, j'étais considérée comme la plus belle de la cour. Puis vous êtes venue et depuis on me laisse se surnom car on en a pris l'habitude.
- Je ne suis point plus belle que vous, Justine.
- Vous l'êtes, croyez-moi.
- Avez-vous déjà vu l'Empereur ?
- Non. Et vous ?
- Moi ? Non. Mon frère, oui.
- Comment est-il ?
- Sérieux et très grand. Mon frère m'a dit qu'il était un génie de l'art militaire. »
 
Justine sourit alors que les deux jeunes femmes rentrèrent dans les écuries où se tenaient déjà Louis et Robert, tous deux en pleine discussion sur la manière de sangler.
Juliette les avait quittés en cours de route pour rejoindre les salles de coutures.
 
« Mon Roi. »
 
Celui-ci se retourna à l'entente de la voix de Constance et resta ébahi devant la belle jeune femme.
 
« Votre tenue...
- Est totalement faite pour l'équitation.
- J'en doute.
- Croyez-moi, mon Roi.
- Bien, voici votre monture. »
 
Il désigna une jument blanche comme la neige. Elle était déjà harnachée ; un tapis rouge, une selle amazone noire et un filet venant former une croix sur le front de la belle jument.
 
« C'est une Pur-Sang. Elle se nomme Neige.
- Elle est magnifique.
- C'est mon présent pour vous.
- Je vous remercie, Robert.
- Je sais que vous prendrez soin d'elle. »
 
Et tout en parlant il l'avait saisie à la taille et l'avait soulevée sur la jument. Au lieu de se mettre en amazone, Constance se plaça comme un homme et Robert vit enfin le pantalon de coton blanc sous la robe fendue.
 
« Ingénieux. Et désirable.
- Je ne vous permets point.
- Vous ne disiez pas cela, dernièrement.
- Grimpez et rattrapez-moi, au lieu de geindre. »
 
Sa robe recouvrait la croupe du cheval et cela donnait un air magnifique au tableau. Elle talonna la jument qui partit au trot dans la cour. Robert arriva bien vite sur son frison dénommé Ténèbres.
Puis arriva la belle Justine sur son étalon Lusitanien palomino prénommé Or.
Puis enfin arriva Louis, sur son fidèle destrier Soleil de couleur isabelle.
 
Tous partirent au trot du château et ils traversèrent la cité. Les passants les regardaient, acclamaient le roi Robert, saluait la belle enfant et tous essayèrent d'approcher la jeune fille du Nord.
La cité passée, les bois et la forêt s'offrirent à eux. La jument commençait à piaffer d'impatience et Constance aussi.
Et ce fut l'étendue d'eau de Iona qui attira son attention. C'était un lac connu pour sa clarté et sa légende ; un monstre ressemblant à un immense lézard à la mâchoire triangulaire et aux dents pointues régnerait dans ses eaux.
 
« Le premier qui arrivera au lac Iona gagne. »
 
Il devait y avoir 10 minutes de galops de là où ils se trouvaient actuellement, au lac. Alors elle s'élança, le c½ur battant elle talonna sa jument et lâcha prise avec les rênes. La jument partit au quart de tour et Constance éclata de rire, sa jument était plus rapide que le vent et Constance criait, riait ; elle se sentait bien. Elle vit bientôt le roi Robert la suivre, sans une once d'hésitation, puis Justine et enfin Louis.
Tous les quatre chevauchaient leur monture avec habilité et riaient.
Ce fut Constance qui gagna avec sa longueur d'avance du départ, puis Robert arriva, suivit de Louis et enfin Justine.
 
« Vous êtes une cavalière accomplie, Mademoiselle Constance.
- Oh non Louis, je suis tombée plus d'une fois, mais le plaisir d'avoir les cheveux dans le vent et l'adrénaline du galop m'ont toujours fait revenir sur une selle. »
 
Robert ne disait rien, il contemplait seulement la jeune femme. Sa coiffure était un peu défaite et ses yeux pleuraient légèrement, dû au vent. Elle semblait irréelle, ses joues rosies reprenaient leur couleur blanche et elle paraissait totalement détendue sur cette jument qu'elle ne connaissait point. D'ailleurs, Neige aussi, l'était.
 
[...]
 
Le soir venu, elle était attablée à sa droite. A côté d'elle se trouvait Olympe. Toutes deux discutaient du parc intérieur. Parc dans lequel Constance passait le plus clair de son temps.
 
« Moi, au Val, je passe mon temps sur les remparts.
- Ah oui ?
- Oui. De là je vois tout le monde d'en-dessous.
- Cela doit être magnifique...
- Oh vous savez, Constance, Olympe exagère un peu. La plus belle vue de rempart est ici, la vue sur la vallée, et la cité... Elle est magnifique. Qu'en pensez-vous, Robert ?
- Ce que j'en pense, Charles ? C'est que mes remparts ont une vue incroyable sur les montagnes. Si l'on a envie de se ressourcer, c'est là-bas qu'il faut aller.
- C'est interdit aux femmes ?
- Vous êtes la Reine, ma chère. »
 
Et à ces mots Robert se leva. Il avait l'air souffrant. Cela n'échappa pas à la future Reine, qui se leva à son tour, mais la voix rauque de Robert résonna avant qu'elle ne puisse amorcer un geste.
 
« Je vous propose d'aller dormir, mes chers amis, les préparatifs du mariage commencent demain et votre cher frère, Constance, arrive aux premières lueurs du jour. »
 
Constance resta sous le choc tandis que Robert disparaissait de la salle des fêtes. Elle fit une révérence à ses « amis » avant de disparaître à son tour dans l'aile Ouest.
 
[...]
 
Son c½ur battait la chamade tandis qu'elle grimpait les escaliers en colimaçon. Elle traversa les dédales de couloirs, les chemins escarpés avec sa longue robe bleu azur comme le ciel en plein été. Les étoiles la parcourant étaient horriblement lourdes et le tissu même de la robe était extrêmement chaud.
 
« Pourquoi les ai-je laissés me mettre cette affreuse chose ? »
 
Elle soupira alors en traversant une énième tour de garde vide. Tous étaient en bas, dans la cour en train d'attendre le roi du Nord. Un rire s'échappa de ses lèvres rosées. Le roi du Nord... Quel titre idiot... Il n'était Roi de rien, il était juste Prince. Prince et seigneur du Nord tant qu'il n'aurait pas de fils.
 
Les remparts se dressaient devant elle et, avançant avec précaution, elle réussit à se hisser dans un creux et à contempler.
 
Le vent lui claquait le visage, les larmes montaient à ses yeux bleus de givre et ses mains couraient sur la pierre dure, lui laissant des marques rouges. Elle fixait le monde qui s'étendait devant elle. Les remparts du palais n'étaient pas autorisés aux dames mais elle s'en fichait. Elle serait bientôt la Reine et Charles et Robert ne lui avaient point menti. La vue du haut des remparts était la plus belle. La cité était en pleine activité, laissant monter les bruits de foule, les hennissements des chevaux et les bruits des roues de bois sur les pavés. Et l'odeur iodée de la mer amenée par le vent chaud du Sud la faisait se sentir nouvelle. Mais au-delà de tout ça c'était la vue, la magnifique vue de la campagne qui la faisait se sentir bien. La verdure, le ciel bleu... Tout ça à l'horizon et en plus, les magnifiques montagnes bordant les étendues verdâtres trouées de lacs et de rivières... Elle allait revenir, c'était certain, cet endroit étant plus beau et plus ressourçant que n'importe quel endroit du palais.
 
Soudain, des cris firent sortir Constance de son bien-être si rare.
 
« Majesté ! Majesté ! Le prince du Nord est là ! »
 
Constance se retourna et posa son regard sur la cour du palais mais ne prit pas le risque de s'avancer trop près du bord.
Des chevaliers du Nord entrèrent en premier ; Constance les connaissait tous. Aussi jeunes et aussi rustres les uns que les autres.
Un carrosse, deux jeunes femmes à l'intérieur, toutes deux inconnues au bataillon.
Puis ce fut leur arrivée, suivis encore de quelques chevaliers. Ils étaient tous deux droits comme des i sur leurs montures aussi différentes que complémentaires.
Les deux étalons – blanc pour l'un, noir pour l'autre – marchaient ; le long voyage avait dû être rude pour qu'ils piaffent d'impatience.
Il était là, droit et fier, le buste bombé, l'armure brillant de mille feux. Sa barbe taillée, son sourire narquois aux lèvres, ses cheveux bruns et ses yeux bleus plus froids encore que la glace recouvrant les étangs. Il était là, comme elle l'avait laissé.
 
L'autre était moins fier ; il avait le visage renfermé, les lèvres pincées et les yeux plus petits que la normale, dû à la fatigue du voyage. Sa barbe était aussi bien taillée que celle du prince du Nord, ses cheveux épais et noirs lui tombaient quelque peu devant les yeux, ses yeux d'acier scrutaient ceux qui l'entouraient. Et sur son ½il droit, la cicatrice violacée d'une vieille dispute.
 
Ils étaient là...
 
Constance courut comme si sa vie en dépendait quand elle entendit le cor annonçant l'arrivée du Roi. Elle courut et manqua de se rompre le cou à maintes reprises, s'arrachant même parfois des petits cris de frayeur. Elle arriva cependant à temps, dans l'immense hall du palais. Son c½ur s'arrêta quand elle fit face à Robert. Il était grand, habillé de bleu nuit et de blanc. Il lui tendit son bras, qu'elle accepta avec un fin sourire. Elle était plus simple qu'une simple dame de compagnie ; sa robe était de velours et ses cheveux naturellement lâchés avec une sobre couronne de fleurs blanches. Elle était belle mais simple.
 
Ils s'avancèrent dehors, chevaliers comme Prince étaient descendus de leurs montures essoufflées et les dames de leur carrosse. Quand ils virent arriver le couple royal, ils mirent genou à terre et fixèrent le sol.
 
« Relevez-vous, seigneur du Nord.
- Mon Roi. Ma s½ur. »
 
Pierre se releva avec l'agilité d'un enfant et s'avança vers sa s½ur. Il lui baisa la main avec tendresse avant de la prendre dans ses bras.
 
« Ma s½ur.
- Mon frère. »
 
Elle l'enlaça avant que celui-ci ne la relâche et s'écarte.
 
« J'ai emmené notre cher ami. Eric. »
 
Constance fixa longuement le jeune homme qu'elle avait observé du haut des remparts. Son c½ur battait la chamade et elle s'approcha de lui. Doucement, tel un animal qu'on essaye d'apprivoiser, elle s'approchait d'un pas gracieux et méfiant.
 
Quand elle arriva en face de lui, sa main s'avança et se posa avec une hésitation mal cachée sur sa joue. Eric ferma les yeux à ce contact et un sourire se dessina sur leurs lèvres avant qu'elle ne saute à son cou.
Il enserra sa taille et la fit tournoyer autour de lui.
 
« Ma Perce-neige, je vous ai enfin retrouvée.
- Mon tendre ami. J'ai cru ne jamais vous revoir.
- Je suis là !
- Vous êtes ici... »
 
Ce fut le raclement de gorge de Robert qui les fit se séparer. Constance avait ce sourire joyeux que personne n'avait encore jamais vu sur ses lèvres. Elle souriait et était resplendissante.
Une beauté nouvelle frappa les yeux de Robert, la beauté de sa future femme quand elle était heureuse.
Heureuse... Elle n'avait jamais été heureuse ici, avec lui.




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